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Enduit chaux et plâtre : recette et application

Mélange chaux et plâtre : un enduit traditionnel à redécouvrir
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Le mélange chaux–plâtre n’est pas une invention moderne ni une erreur : c’est une pratique ancienne, documentée dans les traités de construction dès le XVIIIe siècle. Son absence des classifications modernes ne traduit pas son inexistence, mais sa complexité.

Voici une petite synthèse historique de son utilisation, histoire de mettre tout le monde d'accord.

Enduit chaux plâtre au XVIII siècle : un enduit déjà largement utilisé

Qu'il s'agisse de mortier chaux dans lequel on ajoute du plâtre ou d'un mortier plâtre dans lequel on met de la chaux, on constate qu'il n’y a aucune séparation stricte des liants.

Dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, on trouve l'explication suivante : « Le mortier est un mélange de chaux, de sable et d’eau, auquel on ajoute quelquefois du plâtre selon les usages et les besoins des ouvrages. »

Voici un artisan qui prépare un mortier chaux sable à partir de chaux vive qui foisonne dans lequel il ajoute le sable. 

 

Dès le XVIIIe siècle donc, le plâtre est déjà utilisé en complément d'un mortier chaux sable. 

Inversement, dans la tradition parisienne (très documentée au XVIIIe–XIXe) : « On mêle de la chaux au plâtre pour en corriger les défauts et en augmenter la durée. » Pourquoi ? car le gypse est majoritaire dans la région. Les artisans ajoutent de la chaux aérienne dans leur plâtre pour en améliorer la tenue à l’humidité, sensiblement ralentir la prise (un peu) et limiter la fragilité du plâtre. Les façades anciennes en plâtre–chaux présentent une texture fine et une érosion progressive, souvent poudreuse, révélant la présence du plâtre en surface.

 

Application de plâtre chaux en façade

Nous avons également des références anciennes de MPC dans la région Savoie Dauphiné. Mais en Savoie, en région Tarentaise et Maurienne, on ne parle pas toujours de “plâtre–chaux” mais de plâtre savoyard appelé Griya. Les façades anciennes étaient fréquemment enduites avec des plâtres locaux, parfois associés à de la chaux, avec du sable, donnant des enduits fins, serrés et sensibles à l’érosion. Ces mortiers plâtre chaux sable permettaient d'avoir des mortiers plus adaptés au climat froid et aux cycles gel/dégel.

Selon que l’on privilégie la chaux ou le plâtre, l’un des deux agit comme liant principal, tandis que l’autre joue un rôle d’ajustement, en venant modifier le comportement du mortier. Ces mortiers sont appelés MPC (Mortier Plâtre Chaux).

Enduit chaux-plâtre : ce que disent vraiment les sources techniques (et ce qu’on ne vous explique jamais)

 

1 - Le chaux plâtre ou le plâtre chaux ne se fait qu'avec de la chaux aérienne !

L’exclusion des chaux hydrauliques dans les mortiers chaux–plâtre n’est pas une règle empirique : elle repose sur un risque réel de formation de thaumasite, lié à la présence conjointe de silicates et de sulfates. »

Pourquoi utiliser une chaux aérienne dans un mortier plâtre–chaux ?

L’utilisation de la chaux aérienne dans les mortiers plâtre–chaux ne relève pas d’un simple choix traditionnel : elle répond à une logique chimique précise. 

  • Le plâtre est constitué de sulfate de calcium (CaSO₄·½H₂O), qui fait prise par hydratation rapide en formant du gypse (CaSO₄·2H₂O). Cette réaction produit une structure cristalline dense, relativement stable à sec mais sensible à l’eau.
  • La chaux aérienne, quant à elle, est composée principalement d’hydroxyde de calcium (Ca(OH)₂). Sa prise se fait par carbonatation, en présence de dioxyde de carbone, selon une réaction lente :Ca(OH)₂ + CO₂ → CaCO₃.

Cette différence de mécanisme est essentielle : le plâtre apporte une prise rapide, tandis que la chaux développe progressivement une matrice carbonatée. Sur le plan chimique, la chaux aérienne est particulièrement adaptée car elle ne contient ni silicates ni aluminates réactifs. Elle n’introduit donc pas de phases susceptibles de réagir avec les sulfates du plâtre.

À l’inverse, l’utilisation d’une chaux hydraulique introduit des composés silicatés qui, en présence de sulfates et d’humidité, peuvent conduire à la formation de sels expansifs (comme la thaumasite), responsables de désordres structurels.

La chaux aérienne joue ainsi un rôle de liant complémentaire “inerte” vis-à-vis du plâtre, tout en apportant une évolution lente de la structure du mortier. Elle contribue également à maintenir une certaine porosité, favorisant la diffusion de la vapeur d’eau et limitant les contraintes internes liées à l’humidité.

2 - Le plâtre utilisé dans les MCP ne peut pas être choisi au hasard !

Le choix du plâtre est déterminant dans l’équilibre d’un mortier plâtre–chaux.

Quel plâtre utiliser dans un mortier plâtre–chaux ?

Dans les pratiques traditionnelles cohérentes, on utilise généralement un plâtre gros, c’est-à-dire un plâtre à prise plus lente et à granulométrie plus ouverte. Contrairement aux plâtres fins ou aux plâtres industriels très réactifs, le plâtre gros présente plusieurs avantages dans ce type de mélange :

  • une prise moins brutale, laissant le temps à la mise en œuvre
  • une cristallisation plus progressive, mieux compatible avec la carbonatation de la chaux
  • une structure moins dense, favorisant un comportement plus équilibré

Cette cinétique est essentielle : si le plâtre fait prise trop rapidement, il fige le système avant que la chaux n’ait pu commencer sa carbonatation. À l’inverse, un plâtre trop fin ou trop rapide déséquilibre le mortier et augmente les risques de fissuration ou de mauvaise tenue.

3 - Les mortiers plâtre chaux s'appliquent aussi bien en extérieur qu'en intérieur

Les mortiers plâtre–chaux peuvent être utilisés aussi bien en intérieur qu’en extérieur, à condition de respecter certaines limites.

  • En intérieur, leur emploi ne pose généralement pas de difficulté : ils offrent une bonne régulation de l’humidité, une prise rapide et un rendu fin.
  • En extérieur, leur utilisation est historiquement attestée, notamment dans certaines régions comme l’Île-de-France ou les zones alpines, où le plâtre était abondant. Dans ces contextes, l’ajout de chaux permettait d’améliorer le comportement du plâtre face à l’humidité. Toutefois, il ne s’agit pas d’un enduit universel. Leur tenue dépend fortement :
    • du dosage entre plâtre et chaux
    • de l’exposition (pluie, ruissellement)
    • de la qualité de mise en œuvre

Un mortier trop riche en plâtre restera sensible à l’eau, tandis qu’un dosage équilibré, associé à une protection adaptée (débord de toiture, soubassement), peut offrir une durabilité satisfaisante.

4 - Les mortiers plâtre + chaux sont utilisés depuis des siècles et ont une capacité d’assainissement et de respiration très élevée 

On entend souvent dire qu’un matériau est « respirant »… ou qu’il ne l’est pas. En réalité, cette opposition est trop simpliste. Tous les matériaux minéraux utilisés dans le bâtiment — chaux, plâtre, terre — sont, à des degrés divers, perméables à la vapeur d’eau. La vraie question n’est donc pas :

  • est-ce que le matériau laisse passer la vapeur ?

mais plutôt :

  • à quel point la laisse-t-il passer ?

Le plâtre, contrairement à une idée répandue, n’est pas un matériau fermé. Sa structure cristalline permet la diffusion de la vapeur d’eau et des échanges hygrométriques avec l’air ambiant. Cependant, cette structure reste plus dense que celle d’un enduit à la chaux aérienne. La circulation de la vapeur y est donc généralement plus limitée, mais bien réelle.

La chaux aérienne développe, lors de sa carbonatation, une microstructure poreuse et ouverte. Elle favorise la continuité des pores et facilite les échanges d’humidité. C’est cette porosité qui donne aux enduits à la chaux leur capacité à réguler naturellement l’humidité des murs.

5 - Le plâtre n’est pas imperméable à la vapeur d’eau ; cependant, la chaux aérienne, plus poreuse, joue un rôle déterminant dans l’ouverture du réseau capillaire du mortier.

Dans un mortier mixte, les deux comportements coexistent :

  • le plâtre apporte une structure cristalline plus dense
  • la chaux maintient un réseau poreux actif

 Le résultat n’est ni fermé, ni totalement équivalent à une chaux pure, mais un équilibre entre structure et porosité.

Une notion à nuancer

Parler de matériau « respirant » n’a de sens que si l’on comprend qu’il s’agit d’un niveau de perméabilité, et non d’une propriété absolue.

Un matériau ne bloque pas ou ne laisse pas passer la vapeur de manière binaire :
il la ralentit, la régule, ou la facilite.

À retenir

  • Le plâtre est perméable à la vapeur d’eau
  • La chaux l’est généralement davantage
  • Les mortiers chaux–plâtre restent ouverts, avec un comportement intermédiaire

Ce sont ces nuances qui font toute la richesse — et la complexité — des matériaux traditionnels.

 

6 - Résistance mécanique des MPC : démêler le vrai du faux

On lit parfois que le mélange chaux–plâtre donnerait un mortier beaucoup plus résistant que chacun de ses composants, avec des valeurs spectaculaires à l’appui. Cette idée est trompeuse.

Il peut sembler logique de penser que mélanger deux liants améliore mécaniquement le résultat. En réalité, les choses sont plus complexes. La résistance d’un mortier dépend de nombreux facteurs :

  • la nature des liants
  • leur proportion
  • la granulométrie du sable
  • la quantité d’eau
  • les conditions de séchage

On ne peut donc ni additionner, ni multiplier les résistances des matériaux entre eux.

À titre indicatif :

  • un plâtre peut atteindre plusieurs MPa en compression
  • une chaux aérienne reste généralement plus faible
  • un mortier chaux–plâtre se situe dans une plage modérée, dépendante de sa formulation

Recettes des mortiers chaux plâtre

En fonction de votre projet, vous choisirez donc entre ces deux MPC. Ce choix va conditionner la cinétique de prise, la résistance à l’eau, la porosité et l'usage intérieur/extérieur.

L’ajout de chaux au plâtre ne vise pas à augmenter fortement la résistance mécanique, mais à modifier le comportement du mortier, notamment en termes de prise et de gestion de l’humidité. Un mortier plâtre–chaux a généralement une résistance comprise entre 2 et 10 MPa (selon dosage, sable, mise en œuvre). Le mélange chaux–plâtre n’est pas plus résistant, il est différent.

Le seuil critique entre le mélange platre/chaux et chaux/plâtre se situe autour de 30–40 % de plâtre :

  • au-dessus → comportement plâtre dominant
  • en dessous → comportement chaux dominant
1 - Mortier plâtre–chaux (MPC)
  •  Le liant principal est le plâtre - La Chaux C90 sert de correcteur ou d'adjuvant
  • Le plâtre a une prise hydraulique rapide par hydratation = c'est l'eau qui fait durcir le plâtre. 
  • Le plâtre durcit par recristallisation en gypse. Le gypse, c'est la pierre calcaire de départ qu'on fait cuire entre 120° et 180°. Quand on ajoute l'eau dans le gypse cuit (devenu du plâtre), il se retransforme en gypse et forme des cristaux en aiguilles visibles au microscope. Ces cristaux se forment très vite et donc le plâtre durcit très vite. Le plâtre fonctionne comme un enchevêtrement de petites aiguilles minérales qui se bloquent entre elles en durcissant.
  • La structure physique du plâtre  est donc une structure rigide. Une structure cristalline rigide.

Le plâtre durcit en formant un réseau de microcristaux imbriqués, ce qui lui confère une prise rapide et une grande rigidité, mais aussi une certaine fragilité face à l’humidité

Recette du Mortier plâtre–chaux (extérieur traditionnel) utilisé en Ile-de-France pour les enduits de façade
  • 2 à 3 volumes de plâtre
  • 1 volume chaux aérienne
  • 2 à 4 volumes sable

Dans cette recette, la chaux ralentit la dissolution du plâtre et améliore la tenue à l’humidité. Le sable stabilise le réseau mais le matériau reste vulnérable en exposition directe prolongée

2 - Mortier chaux–plâtre

Le liant principal est la chaux CL90 - Le plâtre sert d'accélérateur de prise

Recette du Mortier chaux–plâtre
  • 1 volume chaux
  • 0,2 à 0,5 volume plâtre
  • 2 à 3 volumes sable

 

CONCLUSION SUR LE MPC

Pourquoi le mortier chaux–plâtre n’existe pas dans les encyclopédies

Le mortier chaux–plâtre / plâtre–chaux est un matériau hybride complexe, caractérisé par :

  • une double chimie (hydratation + carbonatation)
  • une microstructure mixte
  • une forte dépendance aux dosages

👉 Il ne s’agit pas d’un mortier “simple”, mais d’un système finement équilibré, issu de pratiques traditionnelles adaptées à des contextes précis.

Le mélange chaux–plâtre est forcément :

un système à double mécanisme de prise
non standard du point de vue scientifique

Et c’est précisément pour ça qu'il n’est pas traité comme un matériau de référence.

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